Foyer Rural René Lavergne - Auzeville

l’expression du mois : faire bonne chère

Dans l’Esperluette, j’ai désormais le plaisir de vous présenter une expression de la langue française souvent mal orthographiée ou mal employée. Pour écrire correctement une expression et aussi savoir l’utiliser à bon escient, il est bien souvent utile d’en connaître l’origine. Partons donc à la découverte de l’expression du mois !

En cette période de fin d’année, la plupart d’entre nous avons l’intention de faire bonne chère. C’est pourquoi mon choix s’est porté sur cette expression. Autrefois, faire bonne chère à quelqu’un signifiait lui faire bon accueil, recevoir dignement l’inconnu qui pouvait frapper à sa porte. Chère désignait alors le visage (de l'ancien français chiere, terme lui-même tiré du latin cara), et donc faire bonne chère, c’était littéralement montrer un visage avenant.

Seule la signification "gueuleton" a persisté

Ce n’est qu’au XVe siècle que l’expression prend le sens de faire un bon repas (du point de vue à la fois qualitatif et quantitatif). À cette époque, les Français connaissent la guerre de Cent Ans et la famine sévit. Un bon repas représente donc le meilleur des accueils possibles, se nourrir étant devenu une obsession. Les deux significations coexistent cependant jusqu’au XVIIe siècle. Puis seule celle en relation avec un gueuleton est conservée, certainement à cause de la ressemblance avec le mot chair (homonyme), évoquant la viande notamment. Mais tout ce que l’on mange n’est pas forcément de la chair (pains, fromages, gâteaux, glaces…), donc l’orthographe chair n’a pas lieu d’être dans cette expression.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes gourmandes !

Sandra Grès, correctrice, rédactrice et formatrice.

Pour en savoir plus :

http://www.la-passion-des-mots.org

 

[NDLR]. Merci à Sandra Grès pour cette nouvelle rubrique. Jusqu'à présent, Sandra jouait au badminton-FR et corrigeait les articles de l'&. Elle nous offre maintenant une promenade lexicographique pour notre plus grand bien. Dans la vie professionnelle elle "coache" celles et ceux qui désirent améliorer leurs performances en français par nécessité ou par goût de notre belle langue. Elle a beaucoup de jeux (comme dans jeu de clés) de mots au service d'une expression juste qui ne laisse que peu de jeu (comme entre deux pièces mécaniques en mouvement) pour le flou du langage. Cela ne l'empêche pas d'inventer des jeux (ex : Synonimo®) vendus dans les magasin de loisirs et jouets et où le mot est le pion essentiel.