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Rando chez les cathares

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Enfin une rando sans cesse reportée et une météo relativement plus confortable et sans grand risque… mais une vraie rando, pas la toute simple balade qu’on avait imaginée.

Dimanche 7 février, 9 heures, température négative. Près de 777 ans après la fin du siège de Montségur par le Sénéchal de Carcassonne nous laissons nos voitures au parking aménagé sur le col éponyme. Tournant le dos au raidillon serpentin qui mène aux ruines du château cathare, 150 m plus haut, nous nous engageons par un chemin débonnaire (au début seulement) dans un taillis composé d’essences feuillues. Nous y retrouvons la neige déjà présente sur le goudron des derniers arpents avant le col.

La forêt protège du vent. Mais on l’entend gronder et à voir comme il rudoie les arbres on présume qu’un bon bol d’air nous attend là-haut. La neige a effacé les balises jaunes sur le sol. Quant à celles des arbres, elles sont défraîchies mais visibles. Et puis l’itinéraire est simple, pleine pente, tout droit et raide. Des agrégats caillouteux si familiers en Ariège abondent sur le chemin et demandent l’attention ; la faute à la neige qui estompe des chausse-trappes glissantes et roulantes sous nos pieds… Bon, ça réchauffe. On souffle un peu mais ça y est, le rythme est pris. Les moins vêtus ouvrent déjà les fermetures des vestes et des polaires. Les autres, dames frileuses ou qui papotent à la queue du peloton, n’est-ce pas Hélène et Martine (elles assurent les photos du reportage), retirent une ou deux petites laines.

« Faut être un peu maso pour aller se cailler en montagne » songerais-tu ami lecteur ? « Quel manque d’imagination pour lâcher un tel poncif » t’objecterais-je. Dans cet exercice, on n’a jamais froid. De plus, en randonnée sans grand danger, muni d’une paire de jambes et de deux bâtons tu avances avec le pilote automatique. Tous les sens sont aux aguets : écouter le silence, et le crissement des pas sur la neige ; humer le vent qui tourbillonne et soufflète le visage ; s’émerveiller des montagnes alentour etc. Ici on peut rêver, méditer sur l’existence de Dieu comme laisser divaguer sa pensée vers les préoccupations d’ici-bas, l’inquiétante pandémie, un souci ou un bonheur… En montagne on se sent loin de tout et si près de ce qui nous touche. Dans l’effort partagé des liens de camaraderie se créent ou se renforcent naturellement. La solidarité va de soi ici…

Tout à coup nous sortons du bois en butte illico à un vent glacé qui gifle les visages. Vite, aux abris, fermeture des écoutilles vestimentaires ! On patine un peu dans la neige pour franchir sur un dôme très exposé le faux-plat qui monte à la cabane. Là, malgré l’abri d’un mur qui atténue le courant d’air, en dépit d’un soleil titulaire des pleins pouvoirs et d’un ciel immaculé, le repas est rapide, car on se refroidit. Repartir ou se cailler, voilà un dilemme vite tranché. La descente commence par… l’ascension du tout voisin Roc de la Gourgue histoire de réchauffer les mécaniques pour retrouver du confort et, en prime, un panorama élargi.

Sympathie, étymologiquement souffrir avec ! La descente permet de regarder de haut le nid d’aigle où repose le château de Montségur, version post mars 1244. Plus bas Lavelanet s’étale à nos pieds, puis la plaine qui s’effiloche pour s’effacer dans le mauvais temps. Pauvres Auzevillois cloîtrés à la maison par une météo bien maussade. Pour nous, mode plein soleil et ciel bleu intense… Par la voie de l’aller, la cordée repart. L’appareil cardio-respiratoire tourne au ralenti, la conversation est permise. La descente devient toujours un moment sympathique et convivial pour causer de tout et de rien ou échanger une confidence, un conseil. Alors la montagne, petite ou haute, devient encore plus belle.

Stéphane Lelong (Mercis à Hélène, Martine, Monique, Gérard et Michel !)